TRIBUNE DE RODOLPHE PESCE SUR LE RAPPORT « CITOYENS, VRAIMENT ! »

La demande d’information, d’écoute, de participation est forte aujourd’hui. Mais, on n’est ni en 68, ni dans les années 80. Lorsque des décisions seront prises, pour les mettre en œuvre, il faudra tenir compte des évolutions de la société et des transformations de l’économie avec les bouleversements qu’elle comporte.

 

Dans l’évolution de la société, sept points me semblent devoir être relevés :

La montée de l’individualisme : Il n’a jamais été aussi fort. Le « je » relègue assez loin le « nous ». Il est évident qu’il y a des engagements très positifs dans les milieux associatifs, syndicaux et politiques mais dans la population il est en fort développement.

La dégradation du « vivre ensemble ». Dans la société actuelle, les gens se sentent de plus en plus isolés, ayant peu de contacts avec leur environnement, le développement du numérique aggravant la situation. Le succès des gilets jaunes et surtout de leur continuité s’explique en partie pour cela. Des personnes en difficultés et isolées ont retrouvés là des rapports humains et de la convivialité. Exemple : Une jeune femme de ménage, vivant seule dans un mini logement, a découvert le vivre ensemble avec les gilets jaunes et a passé le réveillon du jour de l’an sur un rond-point : ce fut pour elle extraordinaire.

La montée de la violence : C’est un phénomène dont les médias et les politiques ne parlent peu, sauf pour celles faites aux femmes. Je n’évoque pas ici la violence de la société mais la violence des gens. Lecteur assidu du Dauphiné Libéré, je constate pour la Drôme-Ardèche, une montée inquiétante depuis une dizaine d’année des disputes et des conflits de voisinages ou familiaux : pas seulement verbaux, mais de plus en plus violents, accompagnés d’agressions physiques, parfois avec couteau ou arme. Sans oublier les viols avec violence, accomplis par des gens du village qui n’avaient pas d’antécédents judiciaires.

La crise des corps intermédiaires : Elle touche en particulier les syndicats mais aussi une partie de la vie associative. Le pouvoir politique ne peut en être tenu responsable. Il faut que chacun tienne compte des erreurs commises, de l’évolution de la société, des priorités des français. Et ne pas avoir peur de remettre en cause leur fonctionnement, leurs priorités pour retrouver leur force de contestation, de proposition, voire de gestion. Il ne faut pas opposer « corps intermédiaire » et « démocratie participative », mais trouver leur complémentarité, car les deux sont essentielles pour une véritable démocratie.

La crise du politique : Je ne développerai pas ce point. Mais sans une véritable remise en cause de leur fonctionnement, de leur priorité…ils ne pourront jouer leurs rôles et ce n’est pas la démocratie participative qui pourra les supplier.

La surévaluation du rôle de l’Etat : Les revendications des gilets jaunes étaient avant tout faites à l’Etat. Or, l’Etat ne peut pas tout. Jadis, lorsque la CGT voulait une augmentation des salaires, elle attaquait le patronat. Aujourd’hui, on revendique sur quel que soit le sujet contre l’Etat. Cela vient en grande partie des partis politiques qui, lorsqu’ils sont dans l’opposition accusent le gouvernement de tout ce qui va mal. Les oppositions de droite, puis de gauche tiennent le même discours. On ne pourra avoir un vrai débat démocratique et efficace si on ne replace pas tous les acteurs à leur véritable rôle et pouvoir.

Les oubliés des débats actuels : – Les gilets jaunes représentants les personnes habitants plus ou moins loin des villes centre, nous ont fait oublier que les plus pauvres et la majorité des chômeurs étaient dans les villes. Dans ma région, la majorité des chômeurs et des gens en difficultés sont à Valence où il y a plus de 22 % de logements sociaux qu’à la périphérie où il n’y a pas réellement de HLM. Donc, on ne parle plus dans les médias des chômeurs ou des quartiers difficiles.

Durant des décennies, les travailleurs pauvres étaient les ouvriers. Aujourd’hui, ils ne se trouvent pas dans les entreprises mais dans de petites PME, dans l’aide à domicile, dans le nettoyage des bureaux, des usines. Et personne ne les défend.

L’évolution de l’Economie :

La nouvelle révolution économique et industrielle qui s’annonce va avoir des conséquences considérables sur l’emploi, le mode de vie et les relations sociales. Deux chantiers importants parmi d’autre :

  • La révolution numérique et à un moindre degré l’intelligence artificielle, sont surtout pour le premier détruire beaucoup d’emplois et en créer dans d’autres secteurs, posant de nombreux problèmes de formation, de reconversion, de rythme de vie, parfois…
  • L’exigence écologique fera de même : par exemple le passage de la voiture actuelle à la voiture électrique est une véritable révolution : Il faut beaucoup moins de personnes pour construire la nouvelle que l’ancienne et les techniques sont différentes. C’est un exemple parmi bien d’autres.

 

Comment gérer toutes ces évolutions inévitables et indispensables ? Quelle est la place de la démocratie participative dans cette révolution ? 

Ces quelques réflexions sur le « contexte » ne sont que des pistes d’interrogations et de travail. Presque tout est à inventer et construire. Mais on ne peut réussir sans une forte et participative information des citoyens.

 

Rodolphe Pesce, le 17 mars 2019

 

*Rodolphe Pesce est ancien dirigeant national de l’UNEF pendant ses études supérieures à l’Université d’Aix-Marseille, il est nommé professeur de mathématiques à Valence et devient secrétaire départemental du SNES et un des animateurs de la grève de Mai 1968 dans la Drôme.

Rodolphe Pesce est élu Premier secrétaire de la fédération de la Drôme du PS de 1971 à 1973 puis conseiller général de la Drôme, de 1973 à 1979 et de 1985 à 1994. Il est maire de Valence de 1977 à 1995, député à l’Assemblée Nationale de 1978 à 1988, proche de Pierre Mauroy, il est nommé président de la commission nationale pour le développement social des quartiers de 1984 à 1986.

Rodolphe Pesce a été président du conseil général de la Drôme de 1985 à 1992 et chargé de mission auprès des ministres des affaires sociales Martine Aubry et Élisabeth Guigou de 1997 à 2002.

Rodolphe Pesce est officier de la Légion d’Honneur, depuis le 1er janvier 2013, et de l’Ordre National du Mérite.

 

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