TRIBUNE D’AURÉLIE GROS : UNE NATION « BLEU VERT ROUGE »

UNE NATION « Bleu Vert Rouge »

Donc c’est décidé, nous allons tirer tous les enseignements de la crise planétaire que nous traversons?
Et réinventer notre modèle de développement ?
Vraiment?
On aimerait y croire en ce 1er mai, alors que tout parait bien calme -on le sait nos équipes de soignants livrent à la même heure un combat acharné contre le virus- et propice à la réflexion à dix jours de la sortie annoncée du confinement.
La France s’apprête à vivre au rythme du classement de ses départements en « vert » ou en « rouge ». Peut-être une bonne idée pour revoir de fond en comble nos priorités, à commencer par notre système de santé, nos services publics de proximité et l’ensemble des biens communs essentiels à l’avenir de nos enfants et à la préservation de la planète.
C’est dans cet esprit en tous les cas que nous avons choisi de mobiliser notre réseau de citoyens et de contribuer nous aussi à hiérarchiser les priorités et co construire les solutions.
En quelques semaines nous avons beaucoup appris de notre pays et de ses habitants, de l’état de notre société et de nos institutions.
Des aspects tantôt sombres, tantôt lumineux :
un pilotage centralisé mis en sérieuse difficulté dans sa capacité d’anticipation et de réaction, des responsables politiques bien en peine de reconnaître leurs erreurs passées, un système médiatique qui transforme chacun en expert d’un jour… Et finalement le sentiment répandu que le gouvernement a tardé à dire la vérité.
Mais aussi un service public réhabilité au travers de ses serviteurs de la première ligne, une mobilisation citoyenne « à l’arrière » qui ne se dément pas, une transparence désormais à l’œuvre dans la communication. Et finalement une capacité de résilience exceptionnelle, en particulier chez nos enfants vivant une « drôle de guerre » qu’ils ont l’espoir de voir finir sur une victoire.
De tout cela nous sommes collectivement comptables.
En tant qu’élus de terrain, notre feuille de route est toute tracée, à l’écoute de la population, autour de biens publics d’intérêt général, l’éducation, la santé, la culture, l’agriculture, les politiques sociales et en consentant des investissements productifs pour le développement économique, l’offre touristique et de loisirs, à rebours de la spéculation.

Loin des grandes postures démagogiques, nous devrons donc donner un sens concret à la formule « plus rien ne sera comme avant ».
Au terme de nos concertations, nous soumettons trois directions de travail, issues aussi bien des travaux antérieurs de notre mouvement que des retours au quotidien depuis le début de la crise :
-Notre République doit être mieux organisée à partir de ses territoires, sans pour autant que le pacte qui fonde la nation ne s’en trouve délité.
C’est pourquoi nous pourrions clarifier enfin les pouvoirs de chaque collectivité, identifier les moyens dont elles disposent et les articuler les unes aux autres dans une complémentarité de leurs missions, pour en terminer avec une tutelle infantilisante de l’Etat.
-Notre République doit accueillir la société civile au cœur de la fabrication de la décision publique. C’est pourquoi nous devrons créer une représentation directe, un « ministère des citoyens » comme je l’ai proposé, une troisième chambre ayant pour vocation de représenter les Français dans toute leur diversité, capables, comme le montre l’exemple de la Convention sur le climat, d’une belle hauteur de vue.
-Notre République doit affirmer haut et fort sa confiance dans sa jeunesse et ses enfants, ils démontrent aujourd’hui leur maturité dans une crise qui les touche peu et pour autant leur demande de réels sacrifices. La France a rarement dans son histoire pris la décision de confier des responsabilités à ses plus jeunes citoyens ; ce fut le cas au lendemain de la première guerre mondiale ou encore avec l’avènement du CNR, mais resta de courte durée. Je propose l’organisation d’une réflexion nationale pour une nouvelle avancée : consacrer l’exercice d’une citoyenneté pour les plus jeunes à l’occasion des débats majeurs à venir pour l’avenir de la planète.

Territoires respectés, Citoyens associés, Jeunes écoutés et mieux reconnus.
Et si cela dessinait les traits et les couleurs de notre République au sortir de cette crise sans précédent ?